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Paru dans Le Virus Informatique n°39
2019-03-14 00:02
CR

Édito : Informatique, et si on s’inspirait de la Russie ?



Il est de bon ton dans les médias occidentaux de critiquer la Russie (notamment en Estonie, pays où notre rédaction est basée et qui a été envahi par l’armée russe dans le passé). Le public imagine un pays privé de liberté, un pays pauvre avec des chariots tirés par des chevaux, le public étant influencé par des journalistes qui n’ont jamais mis les pieds en Russie ou qui donnent dans les fake news (eh oui, il n’y a pas que des médias russes qui font de la désinformation, de l’autre côté aussi !). Car la Russie, ce n’est pas cela, à moins de tomber dans la caricature. Mais, même si le sujet serait intéressant à développer, ne tombons pas dans le hors sujet : parlons informatique !

Une meilleure protection
En matière d’informatique, ce n’est guère plus reluisant. Pour le public, la Russie, c’est le pays des hackers, de la manipulation en Occident par les réseaux sociaux, des outils de communication censurés dans ce pays… Mais quand l’administration de Poutine menace d’interdire ou fait interdire des réseaux sociaux comme Facebook, LinkedIn ou Twitter, c’est aussi pour protéger la population russe : selon la loi, les données des citoyens russes doivent être stockés localement, pas aux États-Unis ou ailleurs. Malgré le règlement sur la protection des données (RGPD) instauré en Europe, on est loin d’une telle protection. Pensez-vous que Google en a quelque chose à faire, à part pour la forme, des 50 millions d’euros de punition infligée par la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) en France ? Par rapport à son bénéfice annuel, ce n’est rien. Certes, un stockage local permettrait aussi à Poutine de mieux espionner ses citoyens, s’il le souhaite. Et ne comptez pas sur un chiffrement des données, il exigera les clés de décodage comme dans le cas de Telegram. Même chose quand la Russie se prépare à se couper des serveurs « sources » d’Internet qui reposent sur les États-Unis, se retrouvant alors avec un Intranet pour se protéger (avec un risque de censure facilitée à la clé…). Préférez-vous être espionnés par votre gouvernement et/ou un gouvernement ennemi ? Oui, c’est un peu comme la peste et/ou le choléra…

Nous utilisons « et/ou », car rappelez-vous qu’il y a, entre autres, des « boites noires » en France sur Internet qui ratissent le trafic de façon large. Les autorités ont à leur disposition des lois promulguées - c’était promis, juré - au nom de la lutte antiterroriste… Et d’autres lois arrivent sans doute : le président français voudrait, par exemple, la fin de l’anonymat sur les réseaux sociaux (ce qui permettrait à Facebook et consort de récolter encore plus de données personnelles et d’une meilleure qualité…). Mais que la plupart des médias continuent de pointer du doigt la Russie, pour détourner l’attention, voire faire croire que ce pays serait la raison de la nécessité de ces textes liberticides !

Des alternatives nationales
Si les hackers russes sont si performants, c’est sans doute parce qu’il y a une meilleure éducation informatique dans leur pays depuis très longtemps. Et, à la fois du fait de son alphabet différent et parce qu’elle a été mise au ban des nations lors de l’époque communiste, puis depuis la crise en Ukraine, la Russie a développé ses propres services en ligne : Yandex (une sorte de Google, du moteur de recherche au service Uber-like), Vk.com (ex-Vkontakt, un réseau social à la Facebook), Mail.ru (une multitude de services, des courriels aux jeux)… On parle ici de sites Web utilisés par des dizaines de millions de personnes chaque jour en Russie, et au-delà dans les pays satellites de l’ancienne URSS, pas de services à la fréquentation encore anecdotique comme Qwant. Et même lorsqu’il s’agit d’initiatives privées, le pouvoir n’est jamais loin. La Russie s’est aussi lancée dans la création de son propre système d’exploitation (Astra, une distribution « renforcée » Linux), de ses microprocesseurs Elbrus, de ses smartphones Yota et Yandex… Ce pays a compris que cette production nationale est nécessaire pour limiter les risques d’espionnage, même si la réponse est encore embryonnaire. Bref, même si tout n’est pas rose en Russie, il serait utile d’en tirer des leçons sur tel ou tel point.

Il faut relocaliser la production
Car, en Europe, pendant longtemps l’industrie a été mal vue des politiciens, qui ont préféré envoyer la production en Chine, avec les risques que l’on sait. Et la complexité du marché continental (juridique et fiscal, linguistique…) n’a pas permis le développement d’un moteur de recherche, ni d’un réseau social dignes de ce nom. Les pays réagissent, parfois, de manière isolée. En France, il a été question d’un système d’exploitation « souverain ». Les trolls, qui ne comprennent rien aux questions de sécurité, ont commenté en évoquant le micro-ordinateur Thomson TO7 des années 1980… Résultat : le pays continue d’utiliser majoritairement des ordinateurs fabriqués en Chine tournant sous Windows, y compris dans l’armée, soit autant de chevaux de Troie potentiels. Alors qu’il serait sans doute mieux de miser plus sur CLIP OS, le dérivé de Linux développé par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi) et de relancer une production locale de machines. Ce sera aussi des emplois créés. Aux consommateurs d’accepter de payer un peu plus cher. En attendant, ne vous laissez pas berner par le marketing : les ordinateurs de Thomson, les téléphones de Wiko, les divers produits d’Archos sont fabriqués en Chine. Nos critiques s’adressent également aux pays africains, où nous avons aussi des lecteurs. Allez, un peu plus de patriotisme informatique !


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