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2013-04-30 00:00

Le(s) scandale(s) Pocket Gamer France


Où l'on parlera aussi de Games-Fed/Warning (Up), MacGeneration/iGen.fr...


Depuis plus de 15 ans, nous vous parlons des dérives de la presse consacrée aux jeux vidéo, notamment de ses liens trop étroits avec l'industrie dont elle parle. Le cas Pocket Gamer France dépasse tout ce que nous avions vu jusqu'ici. Une affaire qui nous plongera au passage dans des actes de contrefaçon, de bidonnage et autres...

En 1999, nous avons lancé Pocket Magazine dans les kiosques de nombreux pays francophones. Un magazine qui a migré sur le Web quelques années plus tard pour s'adapter à son époque et qui a changé de titre : le mot « Pocket » évoquait en 1999 des machines comme les Game Boy Pocket, les Neo Geo Pocket ou les Pocket PC, mais aujourd'hui il nous semble plus explicite d'y adjoindre le mot « Videogames » - il est question de jeu vidéo.

En 2008, un certain Julien Roy nous contacte, il est rédacteur en chef pour un tout jeune site sur le même créneau, Jmobil, et souhaite qu'on s'associe à lui pour contrer Pocket Gamer, média anglais qui va se lancer en France. Julien Roy ne nous ayant pas dit qui il est, nous ne voyons pas à quoi servirait une telle alliance et nous ne donnons pas suite. Heureusement pour nos lecteurs, comme nous le comprendrons plus tard.

Les trois sites - et sans doute d'autres - vivent en parallèle. Mais déjà nous constatons que notre contenu est la cible de pillages de Pocket Gamer France. Nous y retrouvons par exemple des captures d'écran de jeux que nous avons faites nous-mêmes. En août 2010, surprise : nous apprenons la fusion de Jmobil et Pocket Gamer France, sous le nom de ce dernier !

L'équipe initiale de Pocket Gamer France laisse progressivement place à d'autres personnes, sous la direction de Julien Roy, rédacteur en chef. Mais cela ne change rien aux pratiques de ce site. Tout d'abord, nous découvrons un copier/coller d'un de nos articles. Nous nous en offusquons auprès de Julien Roy. Quelques semaines plus tard, nous découvrons, cette fois, des articles publiés systématiquement dans la foulée des nôtres, sur les mêmes sujets, avec la même structure et les mêmes idées. Nouveau contact avec Julien Roy. Un peu plus tard, c'est une de nos informations exclusives concernant le jeu Chronoblade de Corecell (c'était la première fois qu'un journaliste visitait les locaux de cette société en Thaïlande) qui est reprise sans la moindre source. Le site y a ajouté au passage des informations inventées de toutes pièces, comme une présentation évoquée au Tokyo Games Show quelques semaines plus tard. Re-contact avec Julien Roy. Suite à nos plaintes, parfois une source est rajoutée, tardivement, aux articles concernés ou alors ceux-ci sont tout simplement effacés, sans informer les lecteurs de ce qui s'est passé. Si Pocket Gamer France n'avait pas agit de la sorte, des lecteurs qui découvrent les articles par Google et notamment Google News seraient arrivés chez nous, pas chez ce concurrent malhonnête.

Des contrefaçons multiples
En parallèle, nous apprenons que nous ne sommes pas les seules victimes de contrefaçons par l'équipe de Pocket Gamer France. Ainsi, lors du salon Mobile World Congress de 2012, Chris James, directeur général de Steel Media (éditeur du Pocket Gamer britannique), nous informe qu'aucun rédacteur de la branche française n'est présent au salon. Pourtant, cette équipe française livre ses premières impressions sur le jeu Sonic 4 présenté en exclusivité au salon dans un article (non signé), ce qui signifie dans notre langage qu'elle a pris le jeu en main et donne son avis dessus. Mensonge. Pis encore : l'image d'illustration est identique à celle publiée plus tôt par FR Android, sans qu'aucune source ne soit indiquée. Nous avons contacté Ulrich Rozier, auteur de l'article de FR Android et qui avait fait le déplacement au salon : il nous déclare ne pas connaître Pocket Gamer France. Il n'a donc donné aucune autorisation pour que son contenu soit repris.

La personne qui dirige la chaîne Youtube du nom de TouchGamePlay s'est également apperçue qu'une de ses vidéos avait été republiée, tronquée, par Pocket Gamer France sur sa propre chaîne. Aucune demande d'autorisation n'avait été faite, ni aucune source indiquée. Nous constatons aussi que des images exclusives publiées par IGN, un des plus gros magazines en ligne de jeux vidéo au monde, se sont aussi retrouvées sur Pocket Gamer France sans que leur origine soit précisée au lecteur. Pis, un logo Pocket Gamer a été placé par dessus le logo du site d'origine ! Le site Pocket Gamer anglais qui a traité la même information a, lui, bien indiqué sa source. Combien d'autres contrefaçons y a-t-il sur Pocket Gamer France ? En fait, il y a un autre sujet plus important à aborder.

Une activité de relations presse et d'édition de jeux
Dans le code HTML des pages de Pocket Gamer France, on peut lire : « Pocket Gamer est un site indépendant d'information sur les jeux pour console et téléphone portable ». Indépendant, vraiment ? Car, entre temps, Julien Roy nous a expliqué qui il est : il travaille pour Freezone (rebaptisée Culture G depuis) et Games-Fed, deux sociétés dont il est actionnaire et principal contact pour les noms de domaine Internet. La première est une régie publicitaire, notamment dans le domaine du jeu vidéo. La seconde, sous le label Warning, est une agence de relations presse pour plusieurs sociétés de jeux vidéo. Or il se trouve que nos relations avec cette agence sont exécrables. De nombreuses demandes de communiqués de presse sont restées vaines. De même, nous ne sommes pas arrivés à obtenir des produits en test. Ainsi, pour Warner Bros par exemple, Warning nous a promis de nous envoyer des jeux. A chaque fois que nous demandions où en était le premier envoi, la réponse était du genre « c'est parti ! ». Au bout de quelques semaines, ne voyant rien venir, nous demandons le numéro de suivi du colis. En vain. Les autres médias ayant reçu leurs exemplaires un mois plus tôt, nos tests seraient trop tardifs pour nombre de joueurs et seraient moins lus. Afin de ne plus être handicapés de la sorte par la faute de Warning, nous lui expliquons que désormais nous allons travailler en direct avec ses clients. Dans la foulée, Warning nous explique qu'elle va corriger le tir mais qu'en fait elle n'a pas... notre adresse postale ! Nous comprenons surtout qu'elle nous ment depuis trop longtemps en prétendant avoir envoyé des colis. Au bout de plusieurs incidents, nous décidons qu'il est, effectivement, mieux pour nous de travailler avec les sociétés de jeux vidéo directement et de ne plus avoir à passer par l'intermédiaire de personnes situées dans le même bureau que notre concurrent.

Dans l'intervale, Pocket Gamer France a par contre, lui, pu traiter l'actualité de ces sociétés, annoncer leurs produits, les tester, etc. Lorsque son rythme de travail quotidien baisse à certaines périodes, et alors qu'il y a des centaines d'actualités chaque jour dans le monde du jeu mobile, les quelques clients de Warning semblent avoir droit quand même à un traitement rédactionnel. La chose est répétitive et nous avons du mal à croire à de simples coïncidences.

Quoi qu'il en soit, Warning tire un avantage de ces articles. Mais les clients de cette agence sont-ils informés des liens privilégiés éventuels lorsqu'ils regardent les articles parus sur tels ou tels sites pour mesurer le travail de relation presse accompli ? Et sont-ils informés qu'au contraire cette agence a mis les bâtons dans les roues d'un média indépendant, lui, mais concurrent du site d'un des actionnaires de cette agence ? Alors que nous contactons ces clients pour travailler en direct avec eux, Marc Guerrier (directeur associé de Warning) nous menace de procès. En outre, on a vu Pocket Gamer France tenter de saboter directement nos relations avec des professionnels dont nous traitons l'actualité, comme lorsqu'une personne de ce site a contacté Microsoft sur Twitter (publiquement, par erreur ?) dans le message 280618329448796160 en lui affirmant : « nous, on essaye d'être le plus complet possible niveau actu Windows Phone. On est les seuls en multisupport ». Un gros mensonge puisque nous couvrons toutes les plates-formes dont celles de Microsoft depuis l'antique Windows CE.

Mais le plus grave dans cette affaire est que Pocket Gamer France n'a pas la transparence d'indiquer à ses lecteurs ses liens avec Warning/Games-Fed, ses clients et leurs produits. Pis, Games-fed a également une activité d'édition de jeux mobiles, sous le label Frompix. Cette société fait également l'objet d'articles, et là encore le lien n'est pas indiqué aux lecteurs de Pocket Gamer France...

iGen.fr (MacGeneration) éclaboussé par le scandale
Cette situation ne touche, malheureusement, pas seulement les lecteurs de Pocket Gamer France. En effet, ce site a conclu un partenariat avec le site iGen.fr (connu autrefois sous le nom d'iGeneration avant un conflit sur son nom de domaine) de la société MacGeneration auquel il fournit du contenu rédactionnel. Et c'est ainsi que les lecteurs d'iGen.fr se sont vus conseiller des jeux sans que le lien entre Pocket Gamer France et les sociétés éditant ces jeux ne soit clairement indiqué, par exemple des jeux de Warner Bros ou de Heliceum.
Nous avons demandé à Christophe Laporte, rédacteur en chef d'iGen.fr, sa position sur cette affaire : est-ce volontaire ou à son insu qu'une telle information est cachée à ses lecteurs ? Il n'a pas souhaité que ses réponses figurent dans cet article. Nous pouvons imaginer qu'il dirait que des articles « sponsorisés » sont parfaitement identifiés sur son site. C'est vrai, mais ce n'est pas le cas des articles fournis par Pocket Gamer France. M. Laporte pourrait aussi nous dire que ses lecteurs peuvent participer à la sélection des jeux proposés par son partenaire. C'est vrai, mais cela n'a commencé qu'après que nous l'ayons contacté. D'ailleurs, plusieurs semaines après notre premier contact dans le cadre de cette enquête, le partenariat avec Pocket Gamer France est toujours d'actualité et aucune mention n'a été rajoutée aux articles déjà en ligne pour avertir les lecteurs d'un lien avec les éditeurs de jeux. D'un autre côté, le code APE (NAF) de MacGeneration est celui correspondant aux « activités des agences de publicité », pas à celui d'une activité d'information...

Pocket Gamer France, une affaire qui tourne ?
Pocket Gamer France indique être édité par Julien Roy. Le numéro de SIRET affiché correspond à une activité en profession libérale à son nom (mais c'est le nom de Freezone - régie publicitaire dont il est actionnaire, vous suivez toujours ? - qui apparait comme fournisseur de l'application iPhone du site). D'un point de vue financier, le chiffre d'affaires n'est pas public. Dernièrement, le site revendiquait 180 000 visiteurs uniques par mois, son record. A en croire des vieux chiffres de Google Adplanner - que Warning trouvait crédibles - chaque visiteur affichait en moyenne 4 pages. Ce qui nous ferait un total de 720 000 pages vues. Sachant que la moyenne des revenus publicitaires est de 1 euro pour 1 000 pages vues, cela nous fait un chiffre d'affaires estimé de 720 euros. Insuffisant pour payer le salaire et les charges sociales du moindre rédacteur à plein temps.
A côté de cette situation qui semble presque précaire, Games Fed a généré 34 300 euros de bénéfices en 2011 (149 800 un an plus tôt) pour un chiffre d'affaires de 1,27 million d'euros et Freezone 53 800 euros de bénéfice pour un chiffre d'affaires de 1,5 million d'euros (les chiffres 2012 ne sont pas encore connus). Avec ces données, il est alors facile d'estimer ce qui ressemble à une activité principale et ce qui n'est qu'une activité annexe, pour ne pas dire un prétexte.

Un peu d'humour pour finir...
Vous espérez que Pocket Gamer France est au moins fait par des passionnés de jeu mobile ? Laissons le mot de la fin à son principal rédacteur (extrait d'un message sur Facebook) : « j'ai toujours eu du mal à comprendre l'intérêt d'une tablette. iPad ou Nexus d'ailleurs. J'ai offert à des amis une Kindle Fire HD, mais pour moi, ça ne m'a jamais servit (autrement que pour tester des jeux pour ma paroisse), j'ai mon smartphone qui me sert pour naviguer, j'ai un macbook en plus de mon PC... j'ai vraiment du mal avec cette mode des tablettes... ».


Dernière minute : Il semblerait que notre enquête ait déjà eu des conséquences. Cela n'est pas officialisé, mais Steel Media serait en train de reprendre totalement en main le destin de Pocket Gamer France. Cela ne change rien aux faits qui se sont déroulés pendant toutes ces années. Et, dans la mesure où des rédacteurs impliqués sont conservés dans l'équipe, on peut avoir la crainte légitime que les méthodes restent les mêmes, mais deviennent simplement plus discrètes.

MAJ 08/05/13 : Le tout nouveau rédacteur en chef (ex-rédacteur en chef adjoint promu) de Pocket Gamer France parle publiquement de « calomnies » au sujet de notre article. Ce comportement, plutôt qu'un mea culpa, confirme nos craintes : Pocket Gamer France ne devient pas plus honnête, malgré la reprise en main confirmée par Steel Media. Les statuts des sociétés mentionnées dans cet article (Games-Fed et Culture G) peuvent être consultés auprès du greffe du Tribunal de Commerce de Paris.

MAJ 29/11/13 : Nous n'en parlons pas systématiquement mais Pocket Gamer France continue sur sa lancée. Ainsi le média vient de lancer un compte Twitter pour informer des promotions sur les jeux pour appareils mobiles. Il existe déjà d'autres comptes Twitter qui font ce travail depuis plus longtemps. Pour contrer cette concurrence, Pocket Gamer France utilise un logo très proche du logo officiel de l'App Store d'Apple. Visiblement ses responsables n'ont toujours rien à faire de la propriété intellectuelle d'autrui.
Les bidonnages continuent eux aussi. Ainsi le site annonce des jeux en exclusivité (histoire de se faire mousser), alors que ces jeux ont déjà fait l'objet d'annonces publiques auparavant. Nous pouvons citer en exemple l'annonce « exclusive » par Pocket Gamer France, le 29 novembre, de la sortie imminente de Mystery Case Files : Fate's Carnival de Big Fish Games sur iPad, alors que cette information était parue deux jours plus tôt sur la page Facebook officielle de la licence Mystery Case Files.
Warning travaille désormais sous le nom Warning Up.

MAJ 23/02/14 : Le rédacteur en chef de Pocket Game France, Sylvain Trinel, nous a envoyé ce message : « C'est sympa à vous de nous visiter avec autant de ferveur. Chapeau bas. Nos pubs vous remercient ». Dans la mesure où nous utilisons des bloqueurs de bannières publicitaires, devons-nous encore considérer que ses articles sont publicitaires ? Le 30 janvier par exemple, le site a présenté le jeu Excalibur du studio Ketchapp, dirigé par Antoine Morcos. Or le rédacteur en chef de Pocket Gamer France, commentateur de la vidéo de présentation d'Excalibur associée à l'article (non signé), est également journaliste chez Gamekyo, un site édité par Presselite, une autre société dirigée par... Antoine Morcos. A aucun moment, Pocket Gamer France n'indique ce lien de subordination à ses lecteurs et il n'y a aucune mention de type « publirédactionnel » non plus.



Les images publiées par IGN en exclusivité, logo en bas à droite
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Les images publiées par Pocket Gamer France, logo en bas à droite



La photographie publiée par FrAndroid





Le texte et la photographie publiés par Pocket Gamer France




En haut, un compte Twitter de Pocket Gamer France. En bas, le logo officiel de l'App Store d'Apple

Olivier Aichelbaum


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