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Paru dans Le Virus Informatique n°27
2015-12-09 03:31
CR

« Comment je suis devenu e-résident de l'Estonie, sans mettre les pieds en Estonie »


L'Estonie a rejoint l'Europe à l'explosion du bloc soviétique dont elle faisait partie. Ce petit pays balte, qui avait un gros retard technologique, a sauté les étapes et se trouve désormais à la pointe en matière d'Internet (Skype, cela vous dit quelque chose ?) et d'e-administration grâce à une mentalité jeune (le premier ministre a moins de 40 ans). Depuis quelques années, grâce à une carte d'identité à puce, les résidents estoniens peuvent signer électroniquement leurs déclarations fiscales, faire des démarches bancaires, etc. Vous aussi pouvez désormais profiter d'une partie de ces services (il y en a plus de 400), de chez vous, sans mettre les pieds en Estonie.

Attention, cette carte appelée d'« e-résidence » voire de « citoyenneté numérique » ou « carte d'identité digitale », ne permet pas de résider, ni même d'entrer dans le pays en tant que simple touriste ! Parmi les services en ligne indisponibles à ses titulaires, mais accessibles aux Estoniens figurent notamment le dossier médical et le vote. Compte tenu de nos réticences sur ces pratiques, c'est loin d'être gênant. Parmi les services en ligne disponibles, il y a la création d'entreprise : les autorités locales annoncent 18 minutes de démarches seulement ! 500 entreprises ont été créées ainsi depuis l'ouverture du programme, il y a un an (attention, si vous dirigez une société estonienne depuis un autre pays de façon non ponctuelle, cet autre pays peut décider de soumettre la société à ses obligations administratives et à sa fiscalité !).
Au départ, la demande se faisait uniquement sur place en Estonie, dans un poste de police par exemple. Depuis mai 2015, elle peut se faire sur le Web (https://e-estonia.com/e-residents/about/). Plus de 7 000 personnes sont devenues e-résidentes selon un communiqué de novembre 2015, trois fois plus que ce qui avait été prévu. Le pays n'a fait aucune promotion, tout se passe par le bouche-à-oreille notamment sur Internet par les réseaux sociaux.
Pour obtenir l'e-résidence, il faut remplir un formulaire (nom, adresse...), joindre une copie d'une pièce d'identité, une photographie (les consignes sont strictes quant à son format) ainsi qu'une petite lettre de motivation. Cela peut être l'envie de démarrer un business en Estonie, mais aussi un simple intérêt pour la signature électronique par exemple. Jusqu'ici, le candidat devait payer 50,99 € avec les frais de transaction en cas de paiement par carte bancaire (il est possible de payer en espèces, en se déplaçant à l'ambassade en amont). [MAJ] Depuis le 1er février 2016, les frais sont passés à 100,99 €. Outre faire connaître l'Estonie, la procédure est donc aussi un moyen de faire entrer de l'argent dans les caisses… Si vous ne parlez pas estonien, les démarches peuvent aussi être faites en anglais ou en russe (plus du quart de la population de 1,3 million d'habitants est russe). Après vérification de la candidature par la police locale, la carte électronique sera envoyée par valise diplomatique à l'ambassade de livraison choisie.
Une solution open source
La procédure doit durer un mois environ théoriquement. Expliquant que les candidatures sont très nombreuses, l'administration précise que les délais d'attente sont plus longs en ce moment. Dans mon cas, il aura fallu attendre deux semaines (je n'avais pas dit que c'était pour un article) avant d'être contacté pour prendre rendez-vous avec un consul et retirer le Sésame. Des empreintes digitales sont scannées, mais stockées dans des serveurs en Estonie, pas dans la puce de la carte elle-même. Cette carte est comme une vraie carte d'identité au format carte de crédit, à la différence qu'il n'y a pas de photographie du titulaire dessus. Elle est valable trois ans. Deux codes PIN sont nécessaires pour l'utiliser (un pour l'utilisation simple, l'autre pour la signature électronique), ainsi qu'un lecteur USB (un minuscule appareil est fourni) fonctionnant sous Windows, Mac OS et Linux - la solution est d'ailleurs open source pour inciter au développement d'applications compatibles. En ce qui concerne Linux, la solution n'est officiellement supportée que sous Ubuntu. Les scripts fournis désormais ne fonctionnent plus même avec Debian par exemple, il faut se débrouiller avec les codes sources.
C'est une solution RSA à 2048 bits qui est utilisée pour la sécurité. Pour le moment, nous n'avons pas entendu parler de faille dans l'implémentation du système, mais il est évident qu'au moindre problème tout s'effondrera. Il est également très dépendant de la disponibilité des serveurs officiels (par exemple, pour crypter un fichier avec les outils fournis, il faut accéder à l'annuaire des utilisateurs). En 2007, le pays avait été en partie paralysé suite à une attaque par saturation attribuée à la Russie. Précisons que certaines formalités en Estonie peuvent être effectuées avec des cartes d'identité à puce de Belgique, du Portugal et de Finlande.
Jean Némard


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