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Paru dans Le Virus Informatique n°1
1997-02-01 00:00

Chronique : Snobs ou malfaisants ?


Je pense que personne ne me contredira si je constate que l'informatique est un domaine dans lequel le snobisme sévit depuis longtemps. Lequel d'entre nous n'a pas entendu quelqu'un, passant devant son ordinateur, lui dire : "Comment, vous utilisez encore ce vieux LOTO 2.3.4, alors qu'il y a déjà depuis longtemps une version 3.4.5 et qu'on dit que la version 4.5.6 est sur le point de sortir ?".


Vous demandez alors : "Qu'y a-t-il donc de changé dans ces versions ?" et vous entendrez, par exemple, votre interlocuteur vous répondre que "la couleur de la case sur laquelle on travaille, au lieu d'être jaune comme dans le 1.2.3, présente une teinte qui passe du bleu au vert, puis du vert au bleu chaque seconde". Déprimé par la supériorité apparente de votre interlocuteur, vous ne pensez pas alors à répliquer "Voila bien une amélioration fondamentale !".

En ce qui concerne la capacité mémoire de votre disque dur, ou la fréquence de l'horloge, n'essayez pas de dire à celui qui passe que vous êtes fier de votre 1, 2 Go, ou de votre 150 MHz : il vous écrasera de son mépris en tentant d'expliquer au pauvre attardé que vous êtes que, "depuis longtemps", il y a des 1,8 Go et des 200 MHz. C'est fini, vous n'existez plus, avec votre "machine de grand-père".

La dernière nouveauté ? Déjà périmée.

Vous allez peut-être vous mettre à feuilleter les catalogues des constructeurs, pour y découvrir le fameux ordinateur qui dépasse tous les autres (en tous cas par son prix). Et, si vous vous êtes trop laissé impressionner, vous allez envisager la très grosse dépense qui vous permettra de ne plus être un attardé. Vous vous demandez, cependant, quand cette nouvelle machine sera périmée, alors que vous connaissez bien la réponse : "à l'instant où vous aurez signé le chèque".

Je ne vais pas nier l'évidence : les progrès des machines sont foudroyants. Nous ne sommes plus au temps du ZX 81, du T07 ou autres (respectables) ancêtres. Je me rappelle encore cette rumeur, mélange d'admiration et de scepticisme, qui avait salué la communication d'un ingénieur d'une grande firme étrangère de circuits intégrés, annonçant la sortie prochaine d'une mémoire vive de 8 Ko (vous avez bien lu : huit kilo-octets !) ou l'annonce de l'existence d'un disque dur de 10 Mo.

Le snobisme commence quand le "progrès" se met à "tourner en rond", à n'être que du "progrès pour le progrès". Mon exemple de la case qui clignote entre le vert et le bleu est à peine exagéré. Le tout nouveau logiciel apportera peut-être un petit confort supplémentaire (quelquefois discutable). Mais il apportera sûrement une forte dépense, la nécessité de revoir les principales commandes, et, si vous avez des employés qui vont l'utiliser, l'obligation de leur payer des stages coûteux, pour qu'ils soient au courant.

Qu'importent les snobs ?

Celui qui étudie les machines au fur et à mesure qu'elles sortent, par exemple pour les présenter dans une revue, est bien obligé de se tenir au courant des dernières nouveautés. S'il suit régulièrement les progrès techniques, ce peut être passionnant pour lui. Mais il faut considérer avant tout le point de vue de l'utilisateur isolé, ou presque, qui a acheté lui-même son ordinateur (il y en a plus que vous ne pensez), ou de la petite entreprise, qui a investi des sommes importantes dans son parc informatique. Ils ne vont pas se lancer dans un renouvellement systématique et ruineux de leur matériel.
"Qu'importent les snobs - direz-vous - nous n'allons pas nous laisser impressionner". Je n'en suis pas si sûr. Tant qu'ils ne sont que ridicules, les snobs, en informatique comme ailleurs, semblent avoir été créés pour notre distraction. Mais, malheureusement, ils sont infiniment plus nocifs que vous ne croyez. C'est en partie à cause d'eux que se poursuit cette épuisante course au prototype, cette escalade de la nouveauté à n'importe quel prix, même quand aucun avantage tangible n'en résulte pour le malheureux utilisateur.

Si chaque nouvel ordinateur, représentant un progrès par rapport aux précédents, mais un progrès trop cher payé pour l'utilisateur éventuel, n'était pas accueilli par une sorte de "coure d'adorateurs", convaincus à l'avance que la machine est forcément merveilleuse puisqu'elle n'existait pas la semaine dernière, y aurait-il un tel engouement ? On peut en douter.

Encore une fois, je ne voudrais pas apparaître comme un "rétrograde attardé, ennemi du progrès". Ce que j'en dis, c'est pour mettre en garde contre une accélération inutile du renouvellement du matériel. On a poussé très loin la fiabilité des machines : un disque dur peut tourner plus de dix mille heures sans problèmes, mais il y a peu de chances que l'on puisse utiliser pleinement cette possibilité : bien avant les dix mille heures en question, l'ordinateur aura été méprisé par les snobs, et le ver sera dans le fruit.

Ce qui est très grave, dans cette fuite en avant, est la perte de confiance des utilisateurs. Ils savent fort bien que, si leur machine, comme il est normal, attend au moins trois ans avant de tomber en panne, plus personne ne voudra se charger de la réparation : "Vous pensez, un ordinateur fossile, je n'ai plus une seule pièce de rechange pour ce monstre antédiluvien !".

Et voila, le mal est fait : votre engin est devenu un "sasfépu" (on contracte ainsi le fatal "ça ne se fait plus"). Et, si un circuit intégré valant trente francs meurt dans sa carte mère, personne ne saura détecter la panne, personne ne disposera en stock de la pièce nécessaire à cette réparation.

Méfiance chez les utilisateurs

Ainsi, la méfiance s'installe chez les acheteurs éventuels. Exactement comme si le constructeur avait réduit la fiabilité de ses réalisations : c'est grave. Si une certaine prudence chez les utilisateurs amenait ces derniers à ne pas suivre ce rythme effréné de renouvellement, peut-être les constructeurs et les gens chargés de la maintenance se sentiraient-ils obligé de réduire un peu la gamme des ordinateurs vendus, attendant la sortie d'un modèle qui apporte beaucoup d'avantages tangibles avant de le diffuser.

Les snobs vous diront que l'on peut toujours recourir à la hot line. Mais de nombreux utilisateurs savent ce qu'il en est, cette ligne ne reste "chaude" que pendant les quelques semaines qui suivent la "sortie du four". Elle devient rapidement une "cold line" (j'en parle par expérience personnelle).

Alors, pensez-vous toujours que les snobs sont seulement amusants ? Et si c'était leur action qui compromettait dangereusement le vrai progrès ?
Je me contente de poser la question.


Jean-Pierre Oehmichem


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