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Paru dans Le Virus Informatique n°35
2018-02-26 00:20
CR

Les ondes des téléphones mobiles nous cassent les couilles ?



Vous aviez entendu parler de risque de cancer du cerveau si vous teniez votre téléphone mobile trop longtemps près de la tête. Mais vos organes génitaux ne risquent-ils rien, alors que votre appareil reste sans doute plus longtemps rangé dans la poche de votre pantalon à côté d’eux ? Et qu’en est-il du Wi-Fi de l’ordinateur portable « sur les genoux » ?

Tout dispositif électronique émet un rayonnement électromagnétique dépendant de la puissance de la source et de la distance avec elle. Un four à micro-ondes chauffant la nourriture, comme son nom l’indique, avec des ondes, on peut imaginer qu’il n’est pas impossible qu’il y ait un risque pour la santé avec d’autres types de sources, y compris les radiofréquences, en fonction du temps d’exposition. Les études scientifiques concernant le danger de ces ondes pour les cerveaux sont nombreuses et… contradictoires. Difficile pour nous de trancher en l’état actuel. Toutefois, le nombre de nouveaux cas détectés de cancer du cerveau chaque année est relativement stable depuis les années 1980, avant la généralisation des téléphones mobiles donc, selon l’Institut National du Cancer aux États-Unis. Une information importante, non ? Par principe de précaution toutefois, des organismes publics spécialisés, comme l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) en France, ont émis des recommandations, notamment pour les enfants et les femmes enceintes.
Les études scientifiques concernant les parties génitales des hommes sont plus rares. Nous n’avons trouvé aucune étude établissant, ou niant, de manière formelle un lien entre ondes et cancer des testicules, par exemple. Une petite hausse des cancers des testicules chez les adolescents a été notée aux États-Unis, mais rien ne permet d’affirmer que c’est lié aux ondes. Par contre, plusieurs études attribuent aux ondes des effets négatifs sur la semence.

Votre semence est menacée !
Dans une étude publiée en 2008, la clinique de Cleveland affirme que « l'utilisation de téléphones mobiles par les hommes est associée à une baisse de la qualité de leur semence. La baisse du nombre de spermatozoïdes, de leur mobilité, de leur viabilité et d’une morphologie normale est liée à la durée d’exposition aux téléphones mobiles. » Selon des chercheurs de l’Université Technion de Haifa et Centre médical Carmel dans une étude de 2015, 47 % des hommes qui conservent leur téléphone tout au long de la journée, à moins de 50 cm de leur aine, présentent une qualité de sperme très dégradée, contre 11 % pour le reste de la population masculine. Cette dernière étude peut être contestée, notamment car elle porte sur des hommes qui se sont présentés pour des problèmes d’infertilité et qu’il n’y a pas de groupe témoin, mais peu importe : elles sont relayées par plusieurs sociétés qui ont détecté là un marché potentiellement juteux (on s’permet un jeu de mots ?) pour des boxers protégeant de ces ondes. Dans la suite, nous parlerons des sociétés Belly Armor, Spartan et Duoo Hopeful.
Les différents produits disponibles dans le commerce utilisent une technologie similaire, peu importe son nom, avec des fils d’argent dans le tissu servant à reproduire les effets de la cage de Faraday (lire Pirates Magazine 2). Les ondes de smartphone et du Wi-Fi seraient bloquées à plus de 99 %, voire 99,9 % (40-60 dB), selon les publicités. Deux fabricants indiquent que leur technologie a été testée par un laboratoire d’Emitech, « seul laboratoire accrédité Cofrac » (Comité français d'accréditation), tandis que Spartan a envoyé son produit chez MET Laboratories (aux États-Unis).
Quand on explore plus profondément le site Web de Belly Armor, on découvre un discours plus nuancé : « l’état de la recherche scientifique, médicale et technologique ne permet pas d’affirmer l'innocuité des radiations électromagnétiques pour l'homme. Il existe même un nombre croissant de travaux scientifiques qui suggèrent que l’exposition aux radiations de la vie quotidienne peut être à l’origine d’un risque sanitaire significatif. Les populations les plus menacées sont les femmes enceintes et les enfants en bas âge. Les risques potentiels incluent des anomalies du développement, des mutations génétiques, des fausses couches, des troubles de la fertilité et des tumeurs. Devant cette part d’incertitude scientifique, l’application du principe de précaution doit être encouragée. Il est d’autant plus pertinent de protéger en priorité les femmes enceintes et leur bébé en raison de cette incertitude et du risque potentiel plus grand chez ces populations. » Et sur la boite d’un boxer de la marque, il est indiqué (en tout petit) : « ce produit ne prétend pas pouvoir diagnostiquer, prévenir ou traiter des maladies ou autres problèmes de santé. » C’est déjà moins vendeur… Et, au pire, s’il n’y a pas de danger du côté des ondes, les clients des différentes marques sont prévenus que leur tissu est antibactérien, voire antiodeur (c’est lié, en fait). Même si celui de Belly Armor noircit rapidement (oxydation ou saleté attirée ?).
Le boxer de Belly Armor n’existe qu’en un seul modèle à 69 € (c’est cher !). Il « taille plutôt petit », mais c’est le seul modèle testé ici qui possède une ouverture pour sortir le kiki. On nous dit qu’il est 100 % en technologie « RadiaShield » pour la doublure, modal et élasthane à l’extérieur. La quantité d’argent n’est pas précisée. Seuls l’avant et l’arrière ont droit au traitement anti-onde, les « ondes sur les côtés étant absorbées par le corps humain avant d’arriver aux organes reproducteurs », selon le fabricant, qui déclare aussi « la puissance rayonnée passe de plus de 200 mW par m² à presque rien quand le routeur Wi-Fi est recouvert par le tissu Belly Armor. » La société annonce une garantie « satisfait ou remboursé » de 28 jours, mais le produit doit être « neuf et non lavé ». Comment être satisfait (ou déçu) d’un produit qu’on n’a pas pu essayer ? En fait, Belly Armor avait fait ses gammes avant les produits pour gamètes, avec des protections pour femmes. Désormais, la gamme propose des couvertures pour protéger une femme qui veut téléphoner et allaiter en même temps, des bandeaux et tops pour protéger le ventre de femmes enceintes, un bonnet pour bébé…
Duoo Hopeful propose deux gammes de boxers, de diverses couleurs et motifs : Joyeux (30 €) avec une protection (sur une face du tissu) exclusivement à l’avant au niveau des parties génitales (on aurait aimé une protection un peu plus large !) et Précieux (45 €) avec une protection complète. C’est le produit qui semble proposer la meilleure « finition », esthétiquement parlant. Un pack intègre des chaussettes assorties, mais elles sont sans protection. Ici, la technologie est baptisée SilverShell. Le boxer contient 88 % de coton, 3 % de polyester, 5 % d’élasthane et 4 % de métal. S’il y a une possibilité de « retour gratuit jusqu’à 30 jours », selon le site Web, les conditions générales ne parlent que du délai de rétractation légal de 14 jours et le produit ne doit pas avoir été utilisé. Sur son site, la société diffuse le résultat du test par Emitech. Certaines informations ont été grisées dans le fichier PDF, mais un copier-coller vers un éditeur de texte permet de voir ce qui a été « censuré », comme les noms des testeurs ou, plus intéressant, la composition à base de « fils SilveR.STAT (polyamide recouvert d’argent) de 78 dtex », ce qui nous permet de découvrir le nom d’un fournisseur. Oups ! Spartan propose deux modèles de boxer, noir ou bleu (42 €). Des différents modèles testés, ce sont les plus simples d’apparence. Ici, la technologie « WaveTech » est utilisée pour l’intégralité du boxer. La composition serait de 45 % de coton, 20 % de polyester et 35 % d’argent. Nous avons un peu de mal à y croire ! Pas mis en avant dans le discours publicitaire, les retours sont couverts par la loi (28 jours, selon la société…) à condition que les produits ne soient ni portés, ni lavés.

Nos mesures
Emitech a réalisé ses tests de textiles avec des rectangles de tissu posés à plat, dans une salle protégée des ondes parasites, et constaté une réduction du DAS (Débit d’absorption spécifique, la mesure de la quantité d'énergie véhiculée par les ondes reçues par l’utilisateur) d’un téléphone Samsung de plus de 99 %. Le test de MET Laboratories ne porte pas sur le DAS, d’ailleurs aucun téléphone n’a été utilisé et le tissu a été testé à plus d’un mètre des appareils de mesure. Ces conditions particulières expliquent sans doute pourquoi nous n’avons pas eu les mêmes résultats de notre côté, « dans la vie de tous les jours ». Nous avons utilisé un téléphone Idol 4S d’Alcatel et nous avons tenté de mettre du tissu protégé sur sa face arrière, voire le téléphone à l’intérieur de la cavité du boxer si cela est possible, et mesuré la puissance du signal avec plusieurs applications spécialisées (donnant, toutes, les mêmes résultats).
Avec les modèles de Spartan et Belly Armor, avec un signal GSM autour de - 85 dBm appareil nu, nous avons pu obtenir une protection de -6 à -12 dB, le plus souvent de -10 dB. Même chose grosso modo avec le signal Wi-Fi (à -72 dBm, appareil nu). Pour le modèle de Duoo Hopeful, nous avons pu atteindre les mêmes performances maximales, mais elles étaient souvent inférieures, du fait de la difficulté à placer le peu de tissu protecteur. La société nous a recommandé son modèle intégral à la place… Les valeurs avaient tendance à « bouger » pendant nos mesures (l’appareil étant fixe bien sûr). Il est possible que le signal fût perturbé par des éléments extérieurs à la pièce (protégée par des murs en pierre d’environ un mètre d’épaisseur. Nous avons aussi constaté quelques hausses étonnantes de la qualité du signal lorsque le téléphone était derrière le « bouclier ». Nous n’avons que des hypothèses pour expliquer le phénomène. Les relais les plus mal reçus ne l’étant plus du tout, le téléphone passerait sur d’autres relais ? Le téléphone changerait-il de bande de fréquences pour améliorer sa réception lorsqu’il y a atténuation ? Ou s’agit-il d’un effet de « caisse de résonance » ?
Bref, disons que la protection serait de -10 dB, soit - 90 %. On est très loin des - 50 dB environ annoncés par Belly Armor. Mais relativisons : un vêtement blindé de qualité « pro », c'est - 15 à - 30 dB, pour des usages bien plus exigeants, tandis que les sacs de police à trois ou quatre couches de tissu blindé sont à - 70 dB.
Les sociétés concernées n’ont pas donné suite à nos demandes de prêt d’échantillons pour nos tests. Nous ne sommes pas en mesure de vous donner leurs positions non plus. Il existe diverses autres marques, plus ou moins faciles à trouver selon les pays, comme Oursure.

La conclusion qui tue
Pour terminer, une rumeur veut que les boxers diminuent la qualité du sperme, car ils conservent les bourses trop au chaud (lire encadré sur les PC portables), ce qui serait ironique dans le cas présent. Nous avons trouvé une étude de l’Université de Toulouse de 2012 confirmant une division par trois du nombre des spermatozoïdes viables, mais l’expérience a été réalisée à l’aide d’un sous-vêtement spécial collant les bourses au corps pour augmenter leur température de 2°C. Plus proche de la vie de tous les jours, une étude publiée par The Lancet en 1996 montrait que des hommes portant des boxers avaient deux fois moins de spermatozoïdes. Passez aux caleçons larges et dormez nus !



Les PC portables aussi, mais…
Les téléphones ne seraient pas la seule source de danger. Travailler avec un ordinateur portable sur « les genoux » (en réalité, l’ordinateur touchant souvent l’aine) expose à un danger plus incontestable.
Dans une étude publiée en 2005, des chercheurs en urologie de l’Université de New York ont révélé avoir constaté une hausse de 2,88 °C de la température du scrotum chez les utilisateurs d’ordinateur portable, ce qui « peut avoir un impact négatif sur la spermatogénèse. » Or, si les testicules se trouvent dans le scrotum, en dehors de l’abdomen donc, c’est pour être à une température plus basse que celle du corps humain, nécessaire à la fabrication et à la conservation des spermatozoïdes.
En 2012, des chercheurs argentins ont publié une étude portant sur l’exposition de spermatozoïdes humains à des ondes Wi-Fi pendant 4 heures. Il en ressortait une réduction de la mobilité (pourtant nécessaire à la fécondation), mais aussi une augmentation de la fragmentation de l’ADN.



Une lessive spéciale
Les marques de boxers protecteurs recommandent un lavage à moins de 30°C, de laisser sécher à l’air et de ne pas repasser leurs sous-vêtements. Aucune ne semble recommander une lessive spéciale pour tissu anti-ondes, mais de telles lessives existent, par exemple les produits de la marque Yshield (environ 15 € pour 1 l ou 1 kg). Cette lessive ne possède aucun agent antioxydant, mais rien de vraiment agressif non plus… Après tout, il existe aussi des lessives pour « textiles délicats » !



Des remèdes pires que le mal ?
Compte tenu des faibles longueurs d'onde des fréquences utilisées en téléphonie mobile (de 33 cm en 900 MHz à 12 cm en 2,6 GHz), des phénomènes d'ondes stationnaires peuvent facilement se produire si les ondes se réfléchissent sur des surfaces conductrices (y compris certains blindages…) sensiblement à l'échelle du corps humain. Ainsi déphasées, les ondes peuvent aussi bien se neutraliser (un argument de vente pour certains dispositifs) que se renforcer (ce qui accrédite les mises en garde d'organismes officiels comme l'ANSES). D'une façon générale, c'est un peu jouer à l'apprenti sorcier que d'utiliser (surtout en les associant n'importe comment) des blindages partiels au positionnement approximatif, instable, et évidemment pas validé par des mesures individuelles.
On peut faire davantage confiance aux véritables « cages de Faraday » que sont les combinaisons blindées professionnelles qui enferment intégralement le corps (efficacité de l'ordre de 30 dB), ou aux sacs blindés de la police (pour « figer » l’état d’un téléphone en attendant une analyse technique en laboratoire), qui bloquent toute communication d'un téléphone enfermé dedans (efficacité d'environ 70 dB pour quatre couches de blindage), voire même à deux briques de lait UHT ouvertes et emboîtées tête-bêche l'une dans l'autre.
Toute ouverture de plus de quelques millimètres pourrait permettre la pénétration des ondes d'un téléphone situé au-dehors, avec le risque d'un désastreux effet de « cavité accordée » à l'intérieur d'un blindage qui viendrait à prendre des dimensions malencontreuses.



Des tests à relativiser
Certains tests (d'ailleurs suggérés par les vendeurs !) ont été pratiqués lors d'émissions de télévision à grande audience, avec des conclusions qui auraient besoin d'être davantage mises en perspective. Envelopper un téléphone dans un vêtement blindé dont on veut vérifier l'efficacité est, à première vue, une bonne idée : si on l'appelle et qu'il ne sonne pas, c'est évidemment un signe que la protection est sérieuse ! Mais s'il sonne, cela ne prouve en rien qu'elle ne l'est pas…
Dans une zone de bonne couverture (en ville), il est courant de recevoir le relais le plus proche avec une puissance de l'ordre de - 60 dBm. Enfermé dans un vêtement offrant une efficacité de blindage de 30 dB (celle d'une combinaison pour professionnels !), le téléphone captera encore - 90 dBm, ce qui est amplement suffisant pour qu'il fonctionne très convenablement. Pour qu'il ne sonne pas, il faudrait qu'il reçoive moins de - 110 dBm, autrement dit que le blindage ait une efficacité de 50 dB, ce qui ne peut généralement être obtenu qu'en emballant le cobaye dans deux (voire trois !) vêtements blindés l'un par-dessus l'autre. Bref, pour faire ce test d'une façon sincère, il ne faudrait pas excéder trois barrettes de niveau de réception (descendre au sous-sol, par exemple).



Quelques conseils
- choisir un téléphone qui émet moins de rayonnement (consulter son DAS)
- limiter sa durée d’exposition au téléphone,
- utiliser une oreillette ou le haut-parleur lors des communications,
- désactiver le Wi-Fi lorsque c’est possible, voire passer en mode avion,
- utiliser un téléphone filaire lorsque c’est possible,
- ne pas conserver toujours le téléphone au même endroit et l’éloigner du corps avec un porte-feuille par exemple, dans un sac…
- ne pas garder le téléphone à proximité pendant qu’on dort.



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Légendes des photographies

Spartan annonce 35 % d’argent dans son tissu. On a du mal à y croire, mais avec un tel taux, on serait heureux de récupérer vos boxers usagés de la marque dont vous ne voulez plus !

La protection du modèle Belly Armor est à l’extérieur. Elle noircit vite (salissure ou oxydation ?). C’est le seul boxer testé ici à prévoir une ouverture pour sortir le kiki.

Si l’imprimeur a fait des miracles, vous devriez pouvoir constater que le tissu à l’intérieur de ce boxer Spartan est brillant.

Sur la boite d’un boxer de Belly Armor, il est indiqué (en tout petit) : « ce produit ne prétend pas pouvoir diagnostiquer, prévenir ou traiter des maladies ou autres problèmes de santé. »

Le rapport du test par un laboratoire spécialisé. Un copier-coller vers un éditeur de texte permet de découvrir ce qui est censuré par les blocs gris.

Le boxer de Duoo Hopeful est celui qui à la plus jolie finition de tous ceux testés ici.

Belly Armor annonce autour de - 50 dB de protection pour les différentes fréquences. Plus fort que les protections revendiquées par les sociétés qui proposent des solutions aux professionnels !
Patrick Gueulle et Olivier Aichelbaum

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