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Paru dans Le Virus Informatique n°35
2018-02-26 00:24
CR

Fazup : un patch anti-ondes vendu en pharmacie !



Les boxers « blindés » ne vous conviennent pas, car vous préférez les amples caleçons ? Que diriez-vous d’un « patch anti-ondes » à coller sur votre smartphone pour limiter les ondes absorbées par votre tête et le reste de votre corps ? Autant le dire tout de suite, nous avons accueilli le produit Fazup avec un grand scepticisme, le plaçant peut-être un peu vite « dans le même tonneau » que les étuis blindés et les pierres exotiques. Mais plusieurs indices ont stimulé notre curiosité, nous incitant à effectuer quand même une évaluation détaillée.

Curieusement, la demande de brevet pour cette « technologie française » porte au moins autant sur son astucieux gabarit de positionnement que sur le patch lui-même, dont on trouve sur le marché diverses variantes, parfois charlatanesques. C'est bon signe, car le dispositif n'est finalement préconisé que pour une liste limitative de modèles de téléphones, qui s'allonge après chaque nouveau test validé en laboratoire. Un pur placebo (probablement testé dans un seul cas très favorable) serait bien évidemment réputé compatible avec la totalité des téléphones existants ou à venir (et pourquoi pas aussi avec les équipements Wi-Fi ou Bluetooth les plus divers, même posés sur les genoux ?) dans le but d'en vendre le plus possible.
Il faut dire que ce marché pourrait être juteux : la fabrication du patch adhésif repose visiblement sur les mêmes procédés que celle des tickets de transport en commun jetables (sérigraphie d'une encre à base d'argent, le plus conducteur des métaux usuels). La puce électronique en moins, d'où un prix de revient qui ne devrait pas excéder quelques dizaines de centimes d'euro en grande série. Dans le prix public d'environ 35 €, on doit cependant tenir compte du packaging (probablement bien plus coûteux que le patch lui-même !), de l'amortissement des coûts de développement et de test, d'un budget de communication conséquent, et des confortables marges d'une distribution qui se fait notamment… en pharmacie.
Il est très important de bien comprendre que pour un modèle donné (et supporté) de téléphone, le patch adhésif doit être collé avec une précision millimétrique par rapport à l'antenne intégrée, faute de quoi il risquerait de n'avoir qu'un effet décoratif, voire néfaste.
Il s'agit en effet d'une « antenne passive », qui vient modifier les caractéristiques de l'antenne principale. Mais, étant placée au dos du mobile et agissant sur 360°, elle ne fait évidemment pas office de réflecteur ni d'écran. Elle dégrade plutôt le gain à l'émission (et inévitablement aussi à la réception), d'une façon soigneusement maîtrisée.

Des essais qui laissent songeurs...
Nos essais pratiqués à 2,1 GHz (clé 3G associée à un logiciel de diagnostic réseau) ont effectivement révélé une diminution de l'ordre de 6 à 10 dB du niveau reçu de relais proches ou éloignés. À la condition expresse, toutefois, que le patch soit placé très exactement en face de la minuscule antenne incorporée : quelques millimètres de décalage, ou même une rotation de 90°, et il ne fait plus guère d'effet.
À notre grande surprise compte tenu du développé de près d'un mètre de sa spire très serrée (en court-circuit, mais… savamment repliée sur elle-même), le patch n'a pratiquement aucune influence sur les ondes de la NFC (13,56 MHz), contrairement à un disque de même diamètre (45 mm) découpé dans une brique de lait UHT. Cela écarte toute crainte de conflit avec cette fonctionnalité de plus en plus présente sur les smartphones. À l'inverse, il éteint complètement le signal si on le place sur la tête d'une parabole TV-Sat (11 GHz), mais il ne faut pas s'inquiéter pour la réception GPS, l'antenne correspondante étant située tout en haut des téléphones mobiles, loin du patch.
Lecture faite des rapports de mesure de DAS établis à partir de 2012 par le principal laboratoire français accrédité pour les effectuer (ici partiellement) selon la norme EN 62209-1, notre sentiment est que Fazup agirait tout simplement par bridage de l'émission de l'antenne principale. Évidemment dans le but de réduire d'une façon frappante le débit d'absorption spécifique mesuré (en W/kg) à 2 cm de la tête, celui-là même qui quantifie officiellement l'exposition de l'utilisateur. Mais le grand maximum d'efficacité annoncé (99 % !) ne correspond jamais qu'à - 20 dB, tandis que pour certains modèles de téléphones, on arrive tout juste à 50 % (soit - 3 dB).
Cela pourrait être hâtivement assimilé au « trafiquage » logiciel des voitures diesel avant leurs tests de pollution, sauf que tant que le patch reste appliqué sur le téléphone, il continue à produire les bénéfices identifiés en laboratoire ou ressentis par l'utilisateur ! On parle, d'ailleurs, d'un « effet de seuil » selon lequel une réduction, parfois minime, de l'exposition de la tête, pourrait faire disparaître certains symptômes…
Plus étrange est la diminution, très souvent signalée, de la température du mobile sans que ne soit remarquée l'augmentation de l'autonomie de batterie qui devrait logiquement en découler. Mais la question a-t-elle seulement été posée aux cobayes ?

Comment ça marche ?
La présence du patch pourrait, à la rigueur, être soupçonnée d'avoir une incidence sur les négociations entre le réseau et le mobile, économisant ainsi des ressources CPU et de l'énergie. Sans parvenir à mettre clairement en évidence un mécanisme aussi subtil, nous avons tout de même noté (surtout en zones de couverture médiocre) qu'un téléphone 2G équipé du patch ne tentait plus de se connecter (parfois en vain) aux relais les plus faiblement reçus (- 110 à - 100 dBm mesurés avec un téléphone non « patché »). C'est aussi bien, car ils lui demanderaient sûrement d'émettre à pleine puissance (2 W en 900 MHz).
Normal, à vrai dire, si le patch introduit une perte de sensibilité de l'ordre de 10 dB, très insuffisante pour gêner le fonctionnement du téléphone en zones bien couvertes, mais capable d'empêcher une utilisation dans des conditions par trop « limites » et donc potentiellement à risque.
Parallèlement, il semble forcer certains téléphones à défavoriser les canaux 900 MHz (les plus pénétrants) au profit des 1800 MHz (1 W maximum), pourvu que ces deux bandes soient disponibles. Normal, là encore, l'effet du patch étant apparemment un peu plus marqué à 900 MHz qu'à 1800 MHz.
En conclusion, nous percevons bel et bien Fazup comme un atténuateur dégradant le gain de l'antenne du téléphone, de 10 dB en moyenne dans les bandes de fréquences de la téléphonie mobile. C'est presque négligeable devant la dynamique du signal reçu (plus de 70 dB), mais très significatif par rapport à celle de la puissance d'émission (moins de 30 dB en 2G). Un compromis qui pourrait donc avoir un certain sens dans l'état actuel de la couverture des opérateurs…

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Légendes des photographies
Le patch Fazup mesure 4,5 cm de diamètre
Un logiciel spécialisé permet de mesurer avec précision la qualité de réception

Patrick Gueulle

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