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Paru dans Le Virus Informatique n°1
1997-02-01 00:00

Scandaleux ! Devenez pirates en toute simplicité !


C'est en octobre 1995 qu'a commencé la distribution d'Internet Interdit. Ce CD-Rom explosif était une compilation de fichiers plus ou moins dangereux issus, comme son nom l'indique, d'Internet. Le produit n'était pas vendu sous le manteau comme on pouvait s'y attendre mais de façon "officielle" dans plusieurs magasins. On pouvait même lire des publicités dans certains magazines informatiques peu scrupuleux. Justice a d'ailleurs été faite puisque l'annonceur ne les a - à quelques rares exceptions près - jamais payés... Au menu : Cracking, Hacking, Phreaking, Labo Virus, Carding, Encryption, TV Hacking, etc. etc. Un anglophone aura tout de suite compris l'intérêt de la chose ; il s'agit respectivementd'ôter la protection des logiciels protégés contre la copie, de pénétrer les réseaux informatiques, de pirater les réseaux téléphoniques, de créer et propager des virus informatiques, de créer de fausses cartes de crédit, de (dé)protéger des messages secrets, de pirater les chaînes TV payantes, etc. etc. Et pour l'amateur qui ne connaîtrait rien à la langue de Shakespeare, la tête de mort sur fond noir qui orne le boîtier est suffisamment explicite, rappelant le pavillon pirate des navires d'antan. Déception

C'est le sentiment qu'ont du éprouver les acquéreurs alléchés par un tel racolage. Car à moins d'être un anglophone averti, il est difficile de tirer toute la quintessence du CD. Outre l'absence d'interface pour naviguer sur les 100 petits Mo, la quasi-totalité des fichiers est en anglais, les logiciels sous Dos d'un accès abscons et pour la plupart inutiles en France. Par exemple, de nombreuses études décrivent la manière de se passer de décodeur pour les chaînes payantes du câble... à l'étranger. Il est pourtant très facile de trouver sur Internet les plans d'un décodeur pirate commun à Canal Plus et plusieurs autres chaînes cryptées françaises... De même, un fichier contient des informations très intéressantes sur la façon dont fonctionnent les télécartes françaises malheureusement celui-ci est lui aussi en anglais et le pirate en herbe regrettera de ne pas trouver ici le moyen de se fabriquer un modèle utilisable à vie et... gratuitement.

Le CD-Rom a néanmoins mis en alerte les différents services de la Police. Ainsi D.S.T. et P.J. ont chacun eu plusieurs raisons différentes d'interdire sa commercialisation. Qui a parlé de vide juridique ?

Le guide du poseur de bombes


Voici une recette explosive pour se faire une petite bombe maison. Inutile d'aller suivre un stage dans un camp du G.I.A., un petit tour sur Internet et vous en saurez autant, si ce n'est plus.

Une large part des fichiers et outils fournis était consacrée à la cryptologie, dont l'utilisation en France est, rappelons-le, strictement interdite. A l'instar des Etat Unis, ces moyens sont considérés comme des armes de guerre. Placé devant le fait accompli d'une large diffusion, le S.C.S.S.I. (Service Central de la Sécurité des Systèmes d'Information) - bureau dépendant directement du premier ministre - a accordé d'office l'autorisation de fourniture à l'auteur de la compilation pour l'ensemble des produits incriminés. Le client qui souhaiterait les utiliser doit quand à lui toujours déposer une demande d'autorisation d'utilisation. Demande qui sera invariablement rejetée pour un simple particulier. Ouf! l'honneur est sauf...

Autre sujet brûlant, un ensemble de fichiers encourageait l'anarchie sous toutes ses formes:

description des procédures secrètes des forces de l'ordre américaines avec moult mots de passe à l'appui (sans doute déjà périmés depuis fort longtemps), apologie au suicide, etc. Le clou de ce répertoire est sans doute le manuel du terroriste en herbe ou comment fabriquer soi même de véritables bombes à partir d'ingrédients simples de la vie de tous les jours. Ces recettes sont certes classiques et pourraient être trouvé dans des manuels de chimie élémentaire. Mais est-il judicieux de tenter le diable de la sorte, surtout dans le contexte actuel ?


Grâce à ce genre d'outil, il n'est plus nécessaire d'avoir des connaissances pointues en informatique pour créer soi même un virus très dangereux.

Internet Interdit enfin interdit

Un peu plus loin, on trouvait l'état de l'art en matière de bombes... logiques cette fois et autres virus informatiques. Le répertoire renferme une collection impressionnante d'un peu plus de 300 de ces sales bestioles plus quelques générateurs pour en créer de nouveaux inconnus au bataillon. Là encore, on imagine sans peine les dégâts si ces fichiers tombaient en de mauvaises mains... Ne soyons pas si négatifs, voici un moyen unique de vérifier les performances des nouveaux antivirus et certains éditeurs réputés auraient bien fait de se procurer une copie d'Internet Interdit avant de nous pondre certaines inepties. D'ailleurs, nous recommandons la plus grande vigilance à ceux qui aurait déjà le CD-Rom entre les mains. Il semblerait que certains fichiers aient été involontairement contaminés eux aussi !

"Dernier" point litigieux, un répertoire était consacré aux méthodes permettant de créer de toute pièce des numéros de carte de crédit. L'intérêt est évident pour le client malhonnête adepte de vente par correspondance. Nous avons contacté le centre de vérification des Cartes Bleues pour vérifier l'authenticité de l'un des numéros générés. Il a été déclaré invalide. En fait, ce genre de subterfuge ne peut que tromper des commerçants naïfs qui ne prennent pas toutes les précautions nécessaires lors d'une transaction. C'est à dire qui se contentent de vérifier si le numéro répond à certaines règles mathématiques très précises plutôt que de téléphoner, comme nous l'avons fait, au central. Le risque était néanmoins trop grand aux yeux des sociétés éditrices de ces cartes qui ont décidé de porter plainte. Et c'est à leur demande, que la totalité du stock d'Internet Interdit a été retiré de la vente le 14 février 1996.


Voici un utilitaire qui permet de trouver des failles sur les réseaux téléphoniques. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, les réseaux d'outre-atlantique sont bien moins protégés que chez nous.


L'auteur d'Internet Interdit a obtenu l'autorisation de fournir le célèbre PGP et ses différentes variantes. Cela ne signifie pas pour autant que vous pouvez vous en servir !

La revanche !

Le volume deux, apparu quelques semaines plus tard, corrige un certain nombre de maladresses (sic) du premier : les générateurs de numéros de carte de crédit et le répertoire anarchiste ont disparus, des précisions sur le cadre légal d'utilisation de la cryptographie ont au contraire fait leur apparition. Autre changement : les virus sont encore plus présents, au nombre de 6000 désormais. Au risque de me répéter, il me semblait pourtant que leur propagation est illégale. Mis à part ce léger débordement, Internet Interdit La Revanche serait-il exempt de défaut ? Non, il reste quelques fanzines avec des informations en vrac du même acabit que celle qui ont été supprimées, mode d'emploi pour fabriquer des explosifs notamment. Sa perte ne viendra pas de là, mais d'un fichier déjà présent dans le premier volet et passé inaperçu jusque là : le débuggeur Soft Ice, logiciel sous Dos commercialisé par la firme américaine Nu-Mega Technology. Sur plainte de ce dernier, le nouveau CD-Rom sera retiré de la vente par saisie judiciaire, à peine quelques jours après sa sortie.


Un schéma (extrait) permet de se passer du décodeur de certaines chaînes cryptée. Là encore, le système utilisé en France (Nagravision) est bien plus évolué.

Un véritable succès commercial

Sur un plan strictement financier, la réussite est (pour l'instant) totale. Un CD-Rom coûte à sa sortie d'usine entre 7 et 10 F pièce. Dans le cas d'une compilation shareware de ce type, il n'y a rien à reverser aux auteurs ou à qui que ce soit d'autre. Le CD-Rom était ensuite revendu 100 F au réseau de distribution puis 200 F au public. Sachant qu'il s'en est vendu près de 5000, faites votre calcul... A comparer aux motivations des auteurs des différents fichiers sus-mentionnés, des idéalistes prônant un monde libre, sans secret ni... argent.

Pourquoi vous parler de ce produit maintenant alors qu'il est interdit à la vente depuis presque un an ? Et bien, l'histoire n'est pas finie. Après sa garde à vue, l'auteur du CD-Rom récupérera toutes les adresses des clients auprès de son réseau de revendeurs et les transmettra à la P.J. sur requête du juge Filipini. Certains de ces clients auraient été ensuite contactés par la... D.S.T. pour subir un interrogatoire. Comment le fichier est-il arrivé entre leurs mains ? Mystère...

La relève

Ensuite, le produit continuerait d'être malgré tout disponible : une partie du stock n'a jamais été retrouvée par la police au moment de la saisie. Mais surtout, selon des sources bien renseignées, il semblerait que plusieurs éditions pirates du CD-Rom circulent actuellement sous le manteau. Un CD-Rom pirate... piraté. Le comble ! En effet, forts du succès d'Internet Interdit, les revendeurs se sont senti frustrés de ne plus avoir un tel hit en puissance à leur catalogue... et une source de revenu intarissable.

Enfin, ses successeurs pointent déjà le bout de leurs nez : Hackers, Group 42, X-Files (aucun rapport avec la série TV du même nom), Underground, etc. Les compilations pullulent, parfois même gravées sur de simple CD-R. Les consommateurs peuvent se les procurer par correspondance à l'étranger via Internet - encore lui ! Il y a bien peu de chance que le colis soit intercepté à la douane, mais si celui-ci n'arrive pas à destination car jamais envoyé il sera aussi impossible de se faire rembourser... Notons que si les clients utilisent ce moyen pour passer commande, c'est qu'ils disposent d'une liaison au réseau des réseaux. Ils pourraient donc télécharger directement les fichiers désirés.

Pourquoi se compliquer la vie ? Une de ces compilations est disponible depuis très longtemps en France et ses revendeurs la proposent parfois de bonne foi, ignorants son contenu ! Il s'agit de Secret Subjet édité par Power Source Multimédia dans une collection de compilations sharewares variées. Elle présente une interface moins austère qu'Internet Interdit, mais aussi moins d'utilitaires sous forme logicielle. L'essentiel est composé d'informations textuelles pures en anglais et on y retrouve de nouveau la manière de créer des numéros de carte de crédit, de fabriquer des bombes, etc... Alors, à quand l'interdiction ?


Du même auteur, des compilations X pirates


L'auteur d'Internet Interdit s'est semble-t'il fait une spécialité des CD-Rom à contenu illicite. Son domaine de prédilection : les compilations d'images à caractère pornographique, avec les collections Kiss et Désirs & Perversions notamment. Rien de vraiment répréhensible jusque là, le sexe est toléré par la loi sous certaines conditions.

Mais voilà, la recette est la même que pour Internet Interdit : on cherche sur Internet des serveurs situés dans des pays peu scrupuleux ou regardants puis on pompe intégralement en toute impunité. Résultat : ces images proviennent de magazines et de films à l'insu de leurs auteurs respectifs (photographes, mannequins, etc.). Ainsi, le volume 7 de D&P Images Interdites propose des dessins détournés de personnages de Walt Disney - à ne pas mettre entre toutes les mains ! Pire, certaines photos représentent des scènes zoophiles dégradantes.

Contrairement à Internet Interdit, ces compilations sont toujours disponibles sur le marché et de nouveaux volumes paraissent régulièrement. Mais il serait injuste de ne condamner que cet auteur alors que de très nombreux éditeurs de CD-Rom X utilisent le même procédé : Total X Fantazy, Sexy Celebrity, Voyeur, etc.

pochette CD Desirs et Perversions 7

Manque : introduction
Nick Larsen


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