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Enquête Scandaleux
!
Devenez pirates en toute simplicité
C'est en
octobre 1995 qu'a commencé la distribution
d'Internet
Interdit. Ce CD-Rom explosif était une compilation de fichiers
plus
ou moins dangereux issus, comme son nom l'indique, d'Internet. Le
produit
n'était pas vendu sous le manteau comme on pouvait s'y attendre
mais
de façon "officielle" dans plusieurs magasins. On pouvait
même lire des publicités dans certains magazines
informatiques
peu scrupuleux. Justice a d'ailleurs été faite puisque
l'annonceur
ne les a - à quelques rares exceptions près - jamais
payés...
Au menu : Cracking, Hacking, Phreaking, Labo Virus, Carding,
Encryption,
TV Hacking, etc. etc. Un anglophone aura tout de suite compris
l'intérêt
de la chose ; il s'agit respectivementd'ôter la protection des
logiciels
protégés contre la copie, de pénétrer les
réseaux
informatiques, de pirater les réseaux
téléphoniques,
de créer et propager des virus informatiques, de créer de
fausses cartes de crédit, de (dé)protéger des
messages
secrets, de pirater les chaînes TV payantes, etc. etc. Et pour
l'amateur
qui ne connaîtrait rien à la langue de Shakespeare, la
tête
de mort sur fond noir qui orne le boîtier est suffisamment
explicite,
rappelant le pavillon pirate des navires d'antan.
Déception
C'est le
sentiment qu'ont du éprouver les
acquéreurs alléchés
par un tel racolage. Car à moins d'être un anglophone
averti,
il est difficile de tirer toute la quintessence du CD. Outre l'absence
d'interface
pour naviguer sur les 100 petits Mo, la quasi-totalité des
fichiers
est en anglais, les logiciels sous Dos d'un accès abscons et
pour
la plupart inutiles en France. Par exemple, de nombreuses études
décrivent la manière de se passer de décodeur pour
les chaînes payantes du câble... à
l'étranger.
Il est pourtant très facile de trouver sur Internet les plans
d'un
décodeur pirate commun à Canal Plus et plusieurs autres
chaînes
cryptées françaises... De même, un fichier contient
des informations très intéressantes sur la façon
dont
fonctionnent les télécartes françaises
malheureusement
celui-ci est lui aussi en anglais et le pirate en herbe regrettera de
ne
pas trouver ici le moyen de se fabriquer un modèle utilisable
à
vie et... gratuitement.
Le
CD-Rom a néanmoins mis
en alerte les différents services
de la Police. Ainsi D.S.T. et P.J. ont chacun eu plusieurs raisons
différentes
d'interdire sa commercialisation. Qui a parlé de vide juridique ?
Le guide du poseur de bombes
Voici une recette explosive
pour se faire une
petite
bombe maison. Inutile d'aller suivre un stage dans un camp du G.I.A.,
un
petit tour sur Internet et vous en saurez autant, si ce n'est plus.
Une
large part des fichiers et
outils fournis était consacrée
à la cryptologie, dont l'utilisation en France est,
rappelons-le,
strictement interdite. A l'instar des Etat Unis, ces moyens sont
considérés
comme des armes de guerre. Placé devant le fait accompli d'une
large
diffusion, le S.C.S.S.I. (Service Central de la Sécurité
des
Systèmes d'Information) - bureau dépendant directement du
premier ministre - a accordé d'office l'autorisation de
fourniture
à l'auteur de la compilation pour l'ensemble des produits
incriminés.
Le client qui souhaiterait les utiliser doit quand à lui
toujours
déposer une demande d'autorisation d'utilisation. Demande qui
sera
invariablement rejetée pour un simple particulier. Ouf!
l'honneur
est sauf...
Autre
sujet brûlant, un
ensemble de fichiers encourageait l'anarchie
sous toutes ses formes:
description
des procédures
secrètes des forces de l'ordre
américaines avec moult mots de passe à l'appui (sans
doute
déjà périmés depuis fort longtemps),
apologie
au suicide, etc. Le clou de ce répertoire est sans doute le
manuel
du terroriste en herbe ou comment fabriquer soi même de
véritables
bombes à partir d'ingrédients simples de la vie de tous
les
jours. Ces recettes sont certes classiques et pourraient être
trouvé
dans des manuels de chimie élémentaire. Mais est-il
judicieux
de tenter le diable de la sorte, surtout dans le contexte actuel ?
Grâce à ce genre d'outil, il
n'est
plus nécessaire d'avoir des connaissances pointues en
informatique
pour créer soi même un virus très dangereux.
Internet
Interdit enfin interdit
Un peu
plus loin, on trouvait
l'état de l'art en matière
de bombes... logiques cette fois et autres virus informatiques. Le
répertoire
renferme une collection impressionnante d'un peu plus de 300 de ces
sales
bestioles plus quelques générateurs pour en créer
de
nouveaux inconnus au bataillon. Là encore, on imagine sans peine
les dégâts si ces fichiers tombaient en de mauvaises
mains...
Ne soyons pas si négatifs, voici un moyen unique de
vérifier
les performances des nouveaux antivirus et certains éditeurs
réputés
auraient bien fait de se procurer une copie d'Internet Interdit avant
de
nous pondre certaines inepties. D'ailleurs, nous recommandons la plus
grande
vigilance à ceux qui aurait déjà le CD-Rom entre
les
mains. Il semblerait que certains fichiers aient été
involontairement
contaminés eux aussi !
"Dernier"
point litigieux, un
répertoire était
consacré aux méthodes permettant de créer de toute
pièce des numéros de carte de crédit.
L'intérêt
est évident pour le client malhonnête adepte de vente par
correspondance.
Nous avons contacté le centre de vérification des Cartes
Bleues
pour vérifier l'authenticité de l'un des numéros
générés.
Il a été déclaré invalide. En fait, ce
genre
de subterfuge ne peut que tromper des commerçants naïfs qui
ne prennent pas toutes les précautions nécessaires lors
d'une
transaction. C'est à dire qui se contentent de vérifier
si
le numéro répond à certaines règles
mathématiques
très précises plutôt que de
téléphoner,
comme nous l'avons fait, au central. Le risque était
néanmoins
trop grand aux yeux des sociétés éditrices de ces
cartes
qui ont décidé de porter plainte. Et c'est à leur
demande,
que la totalité du stock d'Internet Interdit a été
retiré de la vente le 14 février 1996.
Voici un utilitaire qui permet
de trouver des
failles
sur les réseaux téléphoniques. Contrairement
à
ce qu'on pourrait penser, les réseaux d'outre-atlantique sont
bien
moins protégés que chez nous.

La revanche !
Le
volume deux, apparu quelques
semaines plus tard, corrige un certain
nombre de maladresses (sic) du premier : les générateurs
de
numéros de carte de crédit et le répertoire
anarchiste
ont disparus, des précisions sur le cadre légal
d'utilisation
de la cryptographie ont au contraire fait leur apparition. Autre
changement
: les virus sont encore plus présents, au nombre de 6000
désormais.
Au risque de me répéter, il me semblait pourtant que leur
propagation est illégale. Mis à part ce léger
débordement,
Internet Interdit La Revanche serait-il exempt de défaut ? Non,
il
reste quelques fanzines avec des informations en vrac du même
acabit
que celle qui ont été supprimées, mode d'emploi
pour
fabriquer des explosifs notamment. Sa perte ne viendra pas de
là,
mais d'un fichier déjà présent dans le premier
volet
et passé inaperçu jusque là : le débuggeur
Soft
Ice, logiciel sous Dos commercialisé par la firme
américaine
Nu-Mega Technology. Sur plainte de ce dernier, le nouveau CD-Rom sera
retiré
de la vente par saisie judiciaire, à peine quelques jours
après
sa sortie.
Un schéma (extrait) permet de
se passer
du
décodeur de certaines chaînes cryptée. Là
encore,
le système utilisé en France (Nagravision) est bien plus
évolué.L'auteur
d'Internet Interdit a obtenu
l'autorisation de fournir le
célèbre PGP et ses différentes variantes. Cela ne
signifie
pas pour autant que vous pouvez vous en servir !
Un
véritable succès commercial
Sur un
plan strictement financier,
la réussite est (pour l'instant)
totale. Un CD-Rom coûte à sa sortie d'usine entre 7 et 10
F
pièce. Dans le cas d'une compilation shareware de ce type, il
n'y
a rien à reverser aux auteurs ou à qui que ce soit
d'autre.
Le CD-Rom était ensuite revendu 100 F au réseau de
distribution
puis 200 F au public. Sachant qu'il s'en est vendu près de 5000,
faites votre calcul... A comparer aux motivations des auteurs des
différents
fichiers sus-mentionnés, des idéalistes prônant un
monde
libre, sans secret ni... argent.
Pourquoi
vous parler de ce produit
maintenant alors qu'il est interdit
à la vente depuis presque un an ? Et bien, l'histoire n'est pas
finie.
Après sa garde à vue, l'auteur du CD-Rom
récupérera
toutes les adresses des clients auprès de son réseau de
revendeurs
et les transmettra à la P.J. sur requête du juge Filipini.
Certains de ces clients auraient été ensuite
contactés
par la... D.S.T. pour subir un interrogatoire. Comment le fichier
est-il
arrivé entre leurs mains ? Mystère...
La
relève
Ensuite,
le produit continuerait
d'être malgré tout disponible
: une partie du stock n'a jamais été retrouvée par
la police au moment de la saisie. Mais surtout, selon des sources bien
renseignées,
il semblerait que plusieurs éditions pirates du CD-Rom circulent
actuellement sous le manteau. Un CD-Rom pirate... piraté. Le
comble
! En effet, forts du succès d'Internet Interdit, les revendeurs
se
sont senti frustrés de ne plus avoir un tel hit en puissance
à
leur catalogue... et une source de revenu intarissable.
Enfin,
ses successeurs pointent
déjà le bout de leurs nez
: Hackers, Group 42, X-Files (aucun rapport avec la série TV du
même
nom), Underground, etc. Les compilations pullulent, parfois même
gravées
sur de simple CD-R. Les consommateurs peuvent se les procurer par
correspondance
à l'étranger via Internet - encore lui ! Il y a bien peu
de
chance que le colis soit intercepté à la douane, mais si
celui-ci
n'arrive pas à destination car jamais envoyé il sera
aussi
impossible de se faire rembourser... Notons que si les clients
utilisent
ce moyen pour passer commande, c'est qu'ils disposent d'une liaison au
réseau
des réseaux. Ils pourraient donc télécharger
directement
les fichiers désirés.
Pourquoi
se compliquer la vie ?
Une de ces compilations est disponible
depuis très longtemps en France et ses revendeurs la proposent
parfois
de bonne foi, ignorants son contenu ! Il s'agit de Secret Subjet
édité
par Power Source Multimédia dans une collection de compilations
sharewares
variées. Elle présente une interface moins austère
qu'Internet Interdit, mais aussi moins d'utilitaires sous forme
logicielle.
L'essentiel est composé d'informations textuelles pures en
anglais
et on y retrouve de nouveau la manière de créer des
numéros
de carte de crédit, de fabriquer des bombes, etc... Alors,
à
quand l'interdiction ?
Nick Larsen
Du
même auteur, des compilations X pirates
L'auteur
d'Internet Interdit
s'est semble-t'il fait une
spécialité des CD-Rom à contenu illicite. Son
domaine
de prédilection : les compilations d'images à
caractère
pornographique, avec les collections Kiss et Désirs
& Perversions notamment. Rien de vraiment
répréhensible
jusque là, le sexe est toléré par la loi sous
certaines
conditions.
Mais
voilà, la recette est
la même que pour Internet
Interdit : on cherche sur Internet des serveurs
situés
dans
des pays peu scrupuleux ou regardants puis on pompe
intégralement
en toute impunité. Résultat : ces images proviennent de
magazines
et de films à l'insu de leurs auteurs respectifs (photographes,
mannequins,
etc.). Ainsi, le volume 7
de D&P Images Interdites
propose des dessins
détournés de personnages de Walt Disney
- à ne pas mettre entre toutes les mains ! Pire, certaines
photos
représentent des scènes zoophiles dégradantes.
Contrairement
à Internet
Interdit, ces compilations
sont toujours disponibles sur le marché et de nouveaux volumes
paraissent
régulièrement. Mais il serait injuste de ne condamner que
cet auteur alors que de très nombreux éditeurs de CD-Rom
X
utilisent le même procédé : Total X Fantazy,
Sexy Celebrity, Voyeur,
etc.

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