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Paru dans Le Virus Informatique n°18
2001-02-01 00:00

Affaire Rozange-PC Jeux, l'ex-rédacteur en chef répond


Virus 17 a relaté l’issue du procès qui a opposé un pigiste à la société éditrice de PC Jeux, dont j’étais à l’époque rédacteur en chef. Sa collaboration écourtée, Francis Rozange se disait victime de la pression des éditeurs de logiciels. Je profite de l’occasion pour apporter enfin, en toute indépendance, un avis sur la question.
La pression de certains éditeurs de jeux vidéo est une triste réalité contre laquelle les rédactions luttent chaque jour dans le silence, le stress et l’anonymat. Certains individus isolés ont déjà tenté dans le passé de récupérer les mérites de ce combat pour leur propre publicité. Francis Rozange écrivait le 3 juillet 1997 sur l’internet : « Je vais devenir un journaliste multimédia célèbre [...] » en évoquant son procès à l’encontre d’Edicorp.
La direction de cette dernière, alertée sur « l’effet Rozange » auprès des éditeurs, a refusé un temps de rémunérer ses articles, considérés comme inappropriés à la mission informative du magazine. Je me suis résolument opposé à cette décision : en contactant l’auteur, je lui ai volontairement apporté des éléments de défense. Sa rémunération intervint finalement un mois avant celle des autres pigistes du magazine.

Combattre le mal de l’intérieur

J’ai proposé ma démission suite à ces événements, sans pour autant me rallier à la cause de Francis. Ses méthodes d’intimidation auprès de moi m’ont permis de mieux comprendre la psychose des éditeurs. La direction d’Edicorp m’a demandé de rester parce qu’elle avait besoin de moi pour lancer son pôle Loisir, dont PC Jeux constituait le premier maillon. Je m’étais engagé sur une vaste mission et je me sentais finalement plus utile pour combattre le mal de l’intérieur. J’ai assuré, contre vent et marée, mes objectifs d’audience et d’indépendance du magazine vis-à-vis du marché, malgré les pressions. Le lancement du pôle Loisir établi, au moyen de six nouveaux magazines, le succès de PC Jeux assuré, on m’a gentiment invité à quitter la société parce que je n’étais pas assez complaisant avec les éditeurs. Le président du Directoire, le 24 avril 1999, me déclarait ceci lors de notre dernière entrevue : « [...] Ça fait partie des tendances naturelles antagonistes, a priori, entre la pub qui a envie que le magazine fasse du beurre sur le dos des éditeurs, et la rédaction [celle de PC Jeux] qui, et c’est aussi normal et légitime, a toujours eu tendance à vouloir dire exactement la vérité, à être ultra critique pour sa crédibilité. C’est deux tendances qui me paraissent tout à fait naturelles : il faut les concilier ! ». Je n’ai jamais cédé aux pressions des éditeurs. Une seule fois un éditeur (français, et le plus gros de surcroît) a pesé de tout son poids pour empêcher la publication d’un test (noté 71 %) dans PC Jeux. Comme je ne voulais pas en réviser la note, ma direction commerciale a profité du fait que j’étais parti à un Salon professionnel aux États-Unis pour faire disparaître l’article du magazine. J’étais furieux ! Car le véritable nerf de la guerre dans le milieu des jeux vidéo, ce sont les tests.

Ne jamais communiquer les notes

Les notes attribuées par les magazines influent directement sur le carnet de commandes des éditeurs auprès du réseau de distribution pour la mise en place des jeux. Les actualités de Francis Rozange auraient pu être carrément injurieuses, mais écrites par un autre auteur, les éditeurs ne se seraient jamais manifestés de la sorte. Dès le troisième numéro de PC Jeux, j’avais pris le parti de ne jamais communiquer les notes des tests avant l’impression complète du magazine, ni même à ma direction publicitaire qui se serait empressée de les faire suivre...
A l’occasion du Milia 1998, je transmettais mon éditorial par mail pour le bouclage de PC Jeux. J’y dénonçais la nomination pitoyable de Dungeon Keeper - en qualité de meilleur jeu de l’année - par le grand jury dont le président n’était autre que le créateur du jeu en personne ! La direction commerciale a intercepté l’article et l’a censuré. Je ne m’en suis aperçu qu’en revenant du Salon de Cannes, le magazine était déjà parti chez l’imprimeur. Depuis mon départ de la société, ces mêmes responsables commerciaux occupent aujourd’hui des postes d’éditeurs et interviennent en toute impunité sur le contenu éditorial des magazines du groupe... Heureusement, il subsiste des groupes de presse qui prônent - et assurent - la liberté d’expression de leurs journalistes. Ceux-là ont compris que seuls les lecteurs avaient droit de vie ou de mort sur un magazine.
Imré Antal


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