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Paru dans Le Virus Informatique n°3
1997-08-01 00:00

Liberté de la presse ? Prisonnière de ses annonceurs !


Le magazine PC Jeux vient de licencier un de ses journalistes avant même la parution du numéro un. Motif ? Des éditeurs de logiciels auraient menacé de retirer leurs publicités si la collaboration de ce rédacteur, connu pour son franc-parler, était maintenue. En exclusivité pour Virus, des extraits de ses articles « compromettants ».

Francis Rozange*, journaliste pigiste** est engagé par Imré Antal, rédacteur en chef de CD-Rom Magazine et PC Jeux, pour le lancement de la formule française de PC Gamers. Il sera en charge de la rubrique actualité (16 pages), et à l'occasion, on lui confiera également un test de trois pages (Dungeon Keeper). Devant les caméras de l'émission Net Plus Ultra (La Cinquième) du 4 juin dernier, M. Antal déclare avoir recruté cet élément pour son franc-parler et son indépendance vis à vis des éditeurs de jeux vidéo. Il s’est en effet fait connaître notamment grâce à son site internet la Cyber Factory. Pour anecdote, Ubi Soft l’aurait même menacé de procès suite à un article dans lesquels il racontait ses mésaventures pour obtenir les logiciels en prêt pour ses tests.
Les 19 pages sont maquettées et apparemment envoyées à l’imprimeur. Le pigiste est même appelé pour des tâches qui sortent du cadre légale de son « contrat ». Il s’exécute et passe un certain nombre de soirées et de dimanches à la rédaction. Coup de théâtre le lendemain de l’émission télé, le rédacteur en chef lui déclare au téléphone que certains éditeurs de logiciels ont pris peur : ils menacent de retirer leurs annonces publicitaires - et donc une manne financière importante pour le magazine. M. Rozange est sacrifié. Mais Edicorp, société qui édite PC Jeux, refuserait de payer les pages commandées et livrées.

Objectivité d’un côté. Préjugés de l’autre.

Voici quelques extraits des pages censurées. Résumer 16 pages en quelques lignes est un pari difficile. Nous avons essayé de ne pas trahir l’esprit général. Ainsi, certaines brèves sont plutôt gentilles, tout en restant drôles :

The Dark Project est le meilleur espoir de l’année 97. On allume un cierge ?

Ou concernant Trucks :

Le moteur 3D basé sur la technologie Voxel nous a agréablement surpris. Haute résolution, cela va de soit, mais surtout 65.000 couleurs qui donnent au jeu une réelle impression de finesse et de clarté. Il ne s’agit certes pas du summum du genre, (les montagnes sont quelque peu rectangulaires et les paysages plutôt désertiques) mais la réalisation est des plus honorables.

D’autres sont au niveau des actualités de Joystick (la référence dans l’irrévérence polie) à l’image de L’île du Docteur Moreau :

Psygnosis nous promet dans son communiqué de presse un jeu avec des graphismes "époustouflants" et un "scénario riche". Pas moins. Dieu inventa le superlatif, les humains la langue de bois et les éditeurs le communiqué de presse.

Ou de Star Trek Generations :

Electronic Arts vient de nous présenter le jeu vidéo lors d’une conférence de presse. Apparemment inquiète par les réactions des journalistes présents, l’attachée de presse a décidé de ne pas distribuer de versions jouables avant la sortie du jeu... A vous de conclure.

Quelques mots sur Star Command :

Non de Dieu. On ne peut même plus s’absenter cinq minutes sans que l’un de ces trucs envahissent notre bureau. Le « truc » en question, c’est un clone. Un clone de « Command & Conquer », un clone de Warcraft 2, un clone de... au secours ! (...) Moins les éditeurs font preuve d’imagination, et plus les pauvres journalistes que nous sommes devons faire d’efforts pour présenter un énième clone de manière censée et originale. Epuisant.

L’art de présenter des chiffres barbants avec un peu d’humour :

Les revenus de GT Interactive pour le premier trimestre 97 s’élèvent à 93 millions de dollars, soit une augmentation de plus de 30% par rapport à la même période l’année précédente. Ceux qui doivent bien rigoler, ce sont les milliers de gens qui ont piraté la version complète de Quake malgré le petit message les prévenant qu’ils mettaient ainsi en péril l’industrie du jeu vidéo. Les pirates n’ont décidément aucune morale...

Mais dans tous les cas, le journaliste a pris son travail au sérieux et est resté objectif. On peut le constater ici sur un texte au sujet d’un produit distribué par Ubi Soft qui le menaçait personnellement d’un procès :

Avec ce jeu (Warlords 3) sous Windows 95 que nous avons reçu en version bêta, une nouvelle étape est franchie qui devrait permettre à Warlords de rencontrer un plus large public (...) Les wargammers exigeants suivront avec intérêt notre test de la version finale.

Bref, les éditeurs apeurés ont surtout agi sur la base de préjugés... et d’un manque flagrant de confiance en leurs produits.

A suivre...

Au moment où nous mettons le journal sous presse, le journaliste transmet le dossier à son avocat afin d’obtenir réparation. Par soucis d’équité, nous avons bien sûr joint par téléphone la rédaction en chef de PC Jeux pour qu’elle nous donne sa version des faits. Celle-ci n’a pas daigné répondre à nos questions, mais nous a proposé un rendez-vous qui tombait bien après le bouclage du numéro de Virus que vous tenez actuellement entre vos mains (contrainte dont nous les avions informés). Nous espérons vous donner plus d’informations dans notre prochain numéro. Pour le moment n’ayant qu’un seul avis, il nous est difficile de trancher. Et de toute façon, cela n’est pas notre travail. Si une solution amiable n’est pas trouvée, ce sera celui de la justice.

* Avertissement. Contrairement à beaucoup de journalistes de la presse « micro », je tiens à préciser que Francis Rozange n’a jamais participé à la rédaction du Virus.

** Revenons brièvement sur le statut de pigiste. Un journaliste pigiste ne dépend pas d’un magazine en particulier. Il peut passer d’une rédaction à l’autre sans la moindre formalité. S’il est flexible dans la forme, le statut l’est moins dans le fond : le journaliste bénéficie des même avantages que les autres salariés et d’une fiche de paye. Mais, il n’y a en général aucun contrat écrit. A partir du moment où les articles livrés ont été ne serait ce que maquettés, on peut estimer qu’ils satisfont l’employeur. Alors, même s’ils ne sont pas publiés, il doivent - selon la législation - être payés.


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Olivier Aichelbaum


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