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Paru dans Le Virus Informatique n°32
2017-06-11 00:00
CR

Vos photographies personnelles sur Internet ? Mesurez bien les conséquences !


Avertissement
Après un avant-goût sur Internet (Twitter), nous savons que des personnes malhonnêtes sortiront nos propos de leur contexte (nous militons pour la défense de la vie privée depuis des années) et voudront faire croire que nous blâmons la victime d’un harcèlement, plutôt que le harceleur. C'est bien évidemment faux, nous insistons bien sur le fait que nous ne parlons pas de l'ensemble des faits de harcèlement, seulement d'un point particulier, dans le but d'illustrer pour nos lecteurs les risques auxquels ils s'exposent en mettant leurs photographies sur Internet.
Des personnes malhonnêtes nous accuserons aussi de sexisme envers les femmes et voudront notamment faire croire que notre conseil de régler correctement la confidentialité des photographies sur les réseaux sociaux revient à reprocher à une femme victime d'un viol d'avoir porté une mini-jupe. Une comparaison déplacée, selon nous. Tout d'abord, il ne faut pas oublier (même si certaines personnes le nient) qu'il y a aussi des hommes victimes de viols et de harcèlements (la protection de la vie privée concerne tout le monde, peu importe son sexe). Ensuite, nous habitons dans un pays où les mini-jupes sont beaucoup plus courantes (ce qui veut dire plus appréciées !) qu'en Europe de l'Ouest par exemple, or le taux de viols est bien plus faible ; le prétendu lien entre mini-jupe et viol est un problème d'éducation chez ceux d'où vient la critique, et nous y sommes totalement étrangers. Enfin, porter une mini-jupe ne protège pas d’un viol, mais ne pas publier ses photographies sur Internet protège d’une mauvaise utilisation qui pourrait en être faite. Alors, plutôt que de parler mini-jupe, il serait plus judicieux de comparer le refus de régler la confidentialité des photographies sur les réseaux sociaux avec le refus de fermer sa porte à clé quand on sort de chez soi. Un cas dans lequel les assurances ne veulent, logiquement, rien rembourser en cas de cambriolage.


Kayane, joueuse semi-professionnelle et animatrice sur la chaine de télévision Game One, a été victime d'un stalker (un homme la suivant dans tous ses déplacements). Visiblement érotomane (il se croyait aimé en retour), il a été hospitalisé et attend de passer devant la justice (au moment où nous écrivons ces lignes). Le stalking sort de nos compétences et nous n'avons rien pu faire à part envoyer notre soutien moral à Kayane. Mais un point particulier de son histoire a choqué les militants de l’autodéfense de la vie privée que nous sommes.

Dans Virus Info 30, Richard Stallman vous déconseillait de mettre vos photographies sur Facebook (ce conseil vaut aussi pour les autres réseaux sociaux bien sûr), car sinon il est possible de vous identifier sur d'autres photographies postées sur le même réseau social, voire d'autres réseaux et même dans la rue (lire encadré) grâce aux traits particuliers de votre visage.
Ce conseil ne s'applique pas bien sûr à une personne publique comme Kayane, qui vit de son image en la mettant à disposition de sponsors divers. Qu'elle soit proche de ses fans, qu'elle leur indique sur les réseaux sociaux où la rencontrer et qu'elle se laisse prendre en photographies avec eux, c’est tout à son honneur. Par la suite, certaines de ces photographies, qu'on peut considérer publiques et professionnelles, pourraient (le verbe « pouvoir » est ici à prendre dans le sens de possibilité technique, pas d'autorisation) faire l'objet d'un photomontage moqueur ou d'autres détournements de la part de personnes moins bien intentionnées. C'est, malheureusement, le prix à payer pour les personnages publics, sans qu'il soit possible d'y faire grand-chose si les limites légales ne sont pas dépassées. Kayane se trouve sur point dans le même sac que les hommes politiques, les « stars » de la télé-réalité, les sportifs, etc.

Photographies : privées ou publiques ?
Dans son récit, Kayane a reproché à son harceleur de « fouiller Internet et prendre des photos de mes parents, de mes frères et moi petits, et de les poster [sur ses comptes Instagram et Twitter] », indiquant que « c'était déjà trop pour moi ». Ici, il semble être question de photographies privées, qui auraient dû rester privées. Kayane nous a déclaré : « les photos de ma famille n'ont jamais été publiées par moi. Il a fouillé dans les réseaux de mes parents. » Ce à quoi nous rétorquons que ses parents (et les contacts de ses parents) ne devraient pas publier de telles photographies, ou alors en mode privé au pire, et ses parents ont aussi la possibilité de cacher sur Facebook la liste de leurs contacts à ceux qui sont en dehors de ce cercle. Il faut corriger le tir ! Car même si son harceleur a été pris en charge par la justice après plusieurs mois de nocivité, l'animatrice n'est pas à l'abri d'un autre harceleur (on ne le lui souhaite pas) qui n'aurait que faire des risques judiciaires ou qui utiliserait des outils d'anonymat pour se tenir à distance de cette justice. La réponse de Kayane est édifiante, à plus d'un titre : « c'était en privé. Et je ne vais pas dire à mes parents de changer leur vie pour un homme qui ne comprend pas qu'on n'a aucun lien », allant jusqu'à dire que notre conseil signifiait d'« arrêter de vivre normalement et de dire à mes proches aussi d'arrêter. »
Tout d'abord, comment le harceleur a-t-il fait pour accéder à des documents « en privé » ? Kayane a refusé de répondre, préférant laisser ses fans nous insulter. À aucun moment, à notre connaissance, la justice n'a été saisie pour une intrusion informatique. Reste donc la possibilité que le harceleur a été autorisé dans le cercle privé. Ou que les photographies censées être privées n'avaient pas le bon paramétrage. Ce que sous-entend la fin de la réponse de Kayane, malgré son affirmation contraire. Maîtrisant l'outil informatique (on imagine), elle pourrait conseiller ses parents. Non seulement, elle s'expose de façon inutile en refusant de le faire (c'est comme si elle refusait de conserver l'album photo de la famille à la maison, préférant le conserver plutôt dans la rue), mais elle donne aussi un très mauvais exemple à ses fans. Car vérifier que des contenus privés sont envoyés sur Internet avec un réglage « privé » n'empêche pas de vivre, et cela ne change pas non plus les habitudes.

Un conseil de la CNIL
Facebook, notamment, incite à faire ce réglage de confidentialité très simple, de temps en temps à la connexion, pour tous les contenus d'un coup, anciens et futurs. Et ce que Kayane tourne en ridicule est, en fait, un des conseils élémentaires de sécurité diffusés par la CNIL (Commission nationale de l'informatique et des libertés). Alors que, comme la Commission, nous nous battons depuis des années pour inciter le public à mieux se protéger, Kayane fait le contraire ! Pourtant son public et les jeunes internautes de manière générale auraient besoin d'être sensibilisés à ces questions. Plus que de lire telle ou telle annonce de Kayane pour ses sponsors. Une anecdote l'illustre.
Nous déconseillons à nos lecteurs de mettre leurs photographies sur les réseaux sociaux, alors encore plus lorsqu'il s'agit de photographies de nus (lire encadré). Si vous ne pouvez vous retenir d'échanger de tels contenus, envisagez plutôt des échanges de fichiers chiffrés (et seulement si vous êtes certains de la bonne moralité du destinataire), il y a des outils simples pour cela ! Ce conseil nous a valu des salves d'injures de personnes estimant que nous les empêchons de vivre (alors que personne n'est obligé de nous lire et de suivre nos conseils, hein…).

Conseil n’est pas victim shaming
Exemple (purgé des injures) reçu d’une très jeune femme : « Ah ben, oui, arrêtons-nous de vivre tant qu'on n'est pas les rois du cryptage… Parce que, oui, des fois, on aime un homme, on a envie de l'émoustiller, on n'est coupable de rien. Le victim shaming que vous faites est dégueulasse et extrêmement problématique. Compatissez ou fermez votre gueule. Le coupable, c'est celui qui a enfreint les limites, pas la victime. Ce n'est quand même pas compliqué à comprendre. On ne peut pas nous reprocher de partager des choses sur nos espaces privés. On s'interdit de vivre juste parce que beaucoup d'hommes vont franchir les limites pour nous traquer ? Je suis donc interdite d'envoyer une photo coquine à mon copain ? Parce que beaucoup d'hommes se croient tous permis, je dois me rendre invisible ? » Malgré les risques techniques que nous évoquions (passons sur les accusations déplacées de « victim shaming » car nous n’en faisons pas), on se demanderait presque comment les personnes qui n'avaient pas Internet à l'époque (ou qui ne l'ont toujours pas aujourd'hui dans certaines contrées) faisaient (font) pour « s'émoustiller ».
Quoi qu’il en soit, la protection préventive de la vie privée et la défense des victimes contre les harceleurs ne sont pas des combats incompatibles, bien au contraire, n’en déplaise à certains.

Les encadrés :
Vous n'êtes plus anonymes dans la rue
Kaspersky sexecuse
Johnny Hallyday victime d’un pirate
Tinder victime d’un aspirateur
Vous êtes exhibitionnistes ? Non ? Lisez !
Kayane victime une seconde fois




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